ROA PRODMAC – La déclaration de Bamako de Août 2017

Quatre jours d’activités intenses ont marqué la vie de l’ONG UNION FAIT LA FORCE (UFF) du 26 au 29 août 2017 à Bamako au Mali comme le montre les images ci-dessous et ce dans le cadre des activités sous régionales sur la migration. Une réunion ouest africaine multi- acteurs des Organisations de la Société Civile qui travaillent sur la défense des droits des migrants, la liberté de circulation et le droit d’asile en Afrique a eu lieu du 26 au 27/08/2017 à Bamako au Mali.

La rencontre a eu comme objectif d’analyser le contexte actuel de la migration et de la liberté de circulation afin de voir comment bâtir un cadre unique d’action et de défense des Droits des migrants en Afrique de l’Ouest et dans le monde, en prenant en compte les différents processus et initiatives sous régionales, régionales et internationales comme : Le processus de Rabat, celui de Khartoum, le nouvel Agenda de l’UE, etc.

Dans le contexte actuel de crises des politiques et des initiatives gouvernementales et inter- Etatiques, il s’agit pour les OSC/ONG qui travaillent sur la défense des droits des migrants et personnes déplacées, de voir comment renforcer la collaboration, le réseautage pour bâtir un cadre d’Action Unitaire sous régional, afin de mieux protéger ces populations en mouvements. De cette rencontre est né le réseau  ROA/PRODMAC, le Réseau Ouest Africain de PROtection des Droits des Migrants, des demandeurs d’Asile, des réfugiés et la Circulation des personnes et des biens.

A la suite de la rencontre multi-acteurs, la Consultation de la société civile régionale à l’échelle de l’Afrique a eu lieu les 28 et 29 août 2017 pour assurer la préparation et l’articulation de l’apport coordonné et significatif de la société civile au processus du Pacte Mondial sur la Migration. L’OIM appuie les consultations régionales de la société civile (CRSC) dans six (6) régions afin de fournir une plate-forme pour entre autre rassembler un large éventail d’acteurs de la société civile dans chaque région pour qu’ils soient informés et engagés. Différentes questions ont été abordées dont :

1.       L’analyse des causes profondes et principaux facteurs de la mobilité en Afrique

2.       Les droits de l’homme, inclusion sociale, cohésion et intégration

3.       Xénophobie et racisme

4.       Le travail et les droits civiques de tous les migrants, la transférabilité des droits

5.       Mettre fin à la criminalisation et à la détention des migrants

6.       La ratification de la Convention Internationale sur la Protection des Droits de tous les Travailleurs Migrants et les Membres de leur Famille

7.       La Convention sur l’Elimination de toutes les formes de Discrimination à l’égard des Femmes et son Protocole Facultatif

8.       La Convention relative aux Droits de L’Enfant

9.       La Conventions de l’OIT, y compris la Convention de l’OIT concernant le travail décent des travailleurs domestiques, 2011 (No 189), la Convention de 1954 relative au statut des apatrides et la Convention de 1961 sur la réduction des cas d’apatridie.

La Consultation de la société civile régionale à l’échelle de l’Afrique a été soldée par des recommandations pertinentes et la déclaration suivante :

Déclaration de Bamako

Nous, organisations de la société civile africaine et la diaspora, réunies  les 28- 29 août 2017 à Bamako dans le cadre des consultations régionales panafricaines sur le Pacte Global sur les Migrations, sommes fortement préocupées par les politiques migratoires qui se mettent en place sous la pression de l’Union Européenne et de ses Etats membres. Ces politiques sont caractérisées par une approche purement sécuritaires et d’exclusion.

La rencontre de la Valette a été un moment important dans la mise en place de ces politiques. L’accord et la déclaration qui s’en sont suivis concernent pricipalement :

  • La prévention de la “migration irrégulière”,
  • La coopération en matière de retour et de réadmission.

Ces politiques vont à l’encontre des intérèts des populations africaines et des migrants. De plus, elles ont des effets négatifs sur la libre circulation aussi bien au niveau international qu’au sein du continent africain.

Le mini-sommet entre la France et certains pays d’Afrique , tenu les 27 et 28 août en même temps que notre rencontre, s’inscrit dans cette logique. Il met en oeuvre certains éléments contenus dans les accords de la Valette, notamment en décidant de la prochaine mise en place de centres de tri (ou hotsopt) au Niger et au Tchad.

Ces centres, qui sont des éléments centraux dans les politiques d’externalisation des frontières de l’Europe, vont devenir des points focaux pour les demandes d’asiles provenant du continent africain. Dans cette logique, tout  demandeur d’asile africain pour l’Europe devra désormais passer par ce centre pour pouvoir introduire sa demande d’asile au sein de l’UE. Cette approche rend toute demande d’asile quasiment impossible et elle est contraire à la fois à la Convention de Genève et celle de l’Union Africaine sur les réfugiés.

Nos organisations condamnent vivement :

  • L’initiative de mise en place de centres de tri (hotspots) sur notre continent qui ne fera que violer les droits des demandeurs d’asile
  • les politiques migratoires européennes qui générent un véritable hécatombe sur les routes de la migration dont les principales victimes sont nos jeunes;
  • les pressions  de l’EU pour imposer des accords en totale contradiction avec  les intérets des populations africaines;
  • la volonté de l’UE de saper toutes les initiatives d’intégration inter-africaine avec l’introduction de nouvelles barrières à la libre circulation des personnes dans les espaces jadis intégrés;

Nous exigeons de nos Etats:

  • de reconnaître que la migration est un droit fondamental;
  • de s’abstenir de signer de tels acoords avec les pays de l’Union Européenne;
  • de garantir les intérèts des migrantes et des migrants africains qu’ils soient sur le continent ou en dehors;
  • de mettre en place de véritables politiques africaines qui promeuvent la citoyenneté, autonomisent les migrants et surtout les femmes tout en privilegiant les droits des enfants accompagnés ou non;
  • de travailler à l’émergence d’une véritable politique africaine     de migration reconnaissant le rôle très positif du migrant et lui fournissant les cadres pouvant promouvoir sa dignité et son statut de vecteur de développement.

Le 29/08/2017

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