FSM Cotonou 2026 : Face au blocage administratif, la détermination du Village des Migrations impose la poursuite du Forum

FSM Cotonou 2026 : Face au blocage administratif, la détermination du Village des Migrations impose la poursuite du Forum

COTONOU – Il devait marquer le grand retour du Forum Social Mondial (FSM) sur le sol africain du 4 au 8 août 2026. Pourtant, dès son entame, cette 17ᵉ édition s’est heurtée au refus d’autorisation des autorités béninoises, empêchant la tenue de la grande marche d’ouverture sur la Route des Pêches et l’occupation du site universitaire d’Abomey-Calavi. Si la première réaction officielle du Secrétariat Technique d’Organisation (STO) laissait poindre un sentiment de résignation face au fait accompli, c’est la détermination sans faille des organisations membres du Village des Migrations qui a inversé la tendance et contraint l’ensemble du réseau à se réorganiser sur le terrain.

Une préparation axée sur la citoyenneté universelle

Porté à l’origine par la Convergence Globale des Luttes pour la Terre et l’Eau – Afrique de l’Ouest (CGLTE-OA) et le STO, le FSM 2026 affichait une ambition claire autour de la gouvernance des ressources, de la justice sociale et des libertés fondamentales. Au cœur de ce dispositif, le Village des Migrations — espace de convergence regroupant plus de soixante ONG, collectifs de la société civile et réseaux de défense des droits des migrants — entendait porter un plaidoyer ferme contre l’externalisation des frontières et pour la protection juridique des personnes en transit.

Entre l’aveu d’échec du STO et le sursaut des mouvements de terrain

Lorsque le couperet de l’interdiction est tombé le 4 août, le communiqué émis par le STO a d’abord résonné auprès de nombreux délégués comme un aveu d’échec, prenant acte des restrictions administratives et acceptant tacitement la paralysie du programme initialement prévu.

Mais cette posture d’impuissance s’est immédiatement heurtée au refus catégorique des acteurs de terrain. Emmenées par les organisations du Village des Migrations — parmi lesquelles le ROA-PRODMAC (Réseau Ouest-Africain pour la Protection des Droits des Migrants, Demandeurs d’Asile et Réfugiés), le réseau transnational Alarme Phone, le mouvement auto-géré Refugees in Libya, l’AEI et la CGLTE-OA —, les délégations ont refusé de plier face au blocus institutionnel.

S’imposant comme le véritable moteur de la résistance, ces organisations ont dépassé le cadrage frileux de la coordination pour impulser une réadaptation globale de l’événement :

  • La réappropriation offensive des espaces : Refusant la capitulation, le groupe a orchestré le redéploiement immédiat des ateliers, panels et assemblées dans des « zones de repli » privées (sièges d’ONG locales, centres communautaires, espaces hôteliers), soustrayant les travaux à l’arbitraire des autorités.
  • Le maintien de la parole sans filtre : Là où les instances officielles temporisaient, le Village des Migrations a garanti des espaces d’échange directs et autogérés, permettant aux personnes directement concernées par les politiques frontalières d’exprimer leurs réalités et leurs revendications.
  • Le basculement numérique d’urgence : Pour pallier l’immobilisation des caravanes retenues aux postes-frontières, les équipes du Village des Migrations ont déployé des canaux virtuels sécurisés pour raccrocher les délégués isolés aux débats de Cotonou.

Une leçon de résilience pour l’« après-Cotonou »

En refusant d’entériner la capitulation suggérée par les arbitrages institutionnels, la coalition des organisations du droit à la mobilité a transformé ce qui devait être un enterrement administratif en une démonstration d’auto-organisation réussie. En dépit du report de l’ouverture officielle du FSM Cotonou 2026, la détermination ne faiblit pas au sein des organisations. Une autre formule du FSM débute le 05 Août 2026 et marquera à n’en point douter l’histoire des foras ultérieurs. Assurément, le continent africain réfléchira longtemps avant de candidater pour l’organisation d’une prochaine édition du FSM.  

À Cotonou, le sursaut des mouvements du Village des Migrations aura prouvé une chose : la légitimité des luttes sociales ne se négocie pas dans un bureau climatisé, elle s’arrache et s’exerce sur le terrain, coûte que coûte.

Compte rendu : Dr Chékhou Azizou

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